lundi 10 février 2014

Analyse Œdipe Roi de Sophocle

L'intérêt de cette pièce est son statut d'oeuvre majeure de la tragédie: une perfection dans la construction dramatique, une référence pour nous contemporains. Elle offre une méditation sur la fragilité du bonheur humain et sur les faiblesses de l'homme.



Le mythe d'Œdipe met en place plusieurs concepts:


- la domination des dieux sur l'homme
- ne jamais contrarier le destin
- des interprétations psychanalytiques



Œdipe roi

La domination des dieux sur l'homme
La question que nous pose Sophocle est: l'homme est-il toujours libre de choisir son destin? Et par conséquent, en est-il toujours responsable?
Selon l'oracle, le destin d'Œdipe était tracé avant même sa naissance. On sait plus tard que les prévisions de l'oracle se révèlent exactes. On peut donc comprendre que en effet, Œdipe n'est pas responsable de son destin. Cela démontre tout le pouvoir qu'ont les Dieux sur les hommes , qui n'ont pas de libre arbitre.


Une antithèse ténèbres/lumière


Les métaphores dans le texte sont présentes dans toute la pièce et peuvent donner origine à des paradoxes :
Œdipe est clairvoyant quand il déchiffre l'énigme du sphinx, mais il est aveugle pour lire les signes de son propre destin. C'est lorsqu'il est aveugle qu'il voit la vérité.
Les métaphores de la lumière et de la cécité sont récurrentes dans toute la pièce et sont à l'origine de paradoxes : Tirésias est aveugle mais il connaît le passé et l'avenir ; Œdipe est clairvoyant quand il déchiffre l'énigme du sphinx, mais il est aveugle pour lire les signes de son propre destin. Il est aveuglé par son hyhris et croit savoir. C'est lorsqu'il est aveugle qu'il voit enfin la vérité. Il se débat aveuglément dans le mystère de ses origines. Si Œdipe préfère la cécité au suicide c'est parce qu'il veut assumer sa responsabilité. Il se punit lui-même en se condamnant à vivre dans les ténèbres. Par ailleurs, maintenant que lumière est faite, il se considère indigne de continuer à regarder les autres. Vivre dans la honte et le remords est plus dur que de mourir : " De quels yeux, dis-moi, aurais-je regardé mon père, en arrivant chez les morts, et aussi ma pauvre mère, après les crimes que j'ai commis envers eux, et pour lesquels ce serait trop peu que de m'étrangler." Pas plus qu'il ne supporte de voir il ne veut pas être vu. Des ténèbres à la lumière et de la lumière aux ténèbres, tel est le chiasme métaphorique qui résume la pièce de Sophocle.



Un héros en quête de vérité


On peut se demander si la pièce de Sophocle est une tragédie du savoir ou de l'ignorance.  Œdipe, pour le peuple, c'est celui qui sait : il a su résoudre l'énigme du sphinx, c'est un personnage clairvoyant et on attend qu'il fasse une fois de plus la lumière sur un mystère. Lui même dit : Là aussi, je ferai la lumière. Œdipe veut savoir qui est le meurtrier de Laïos pour purifier la cité et faire revenir l'ordre et le bonheur.
Il se pose de nombreuses questions  : " faire place nette ? Mais comment ? De quoi s'agit-il ? Qu'est-il arrivé ? [...] Quelle est la victime ? De qui parle l'oracle ? [...] Mais où sont-ils ? Où donc ? Où trouver leur trace ?"  de toute évidence et en toute bonne foi Œdipe ignore le passé de Thèbes? D'ailleurs au début du premier épisode il précise qu'il est " étranger à ce qui se raconte  comme ... à ce qui s'est fait"; Au fur et à mesure que Créon apporte des réponses à ses questions, quand il a suffisamment d'éléments pour comprendre les propos énigmatiques de l'oracle, il se lance dans la quête de la vérité. Œdipe se lance alors dans une espèce de enquête policière en cherchant des indices, des témoins.. Il interroge Tirésias, le seul à avoir survécu au malheur.


Pourtant, Œdipe refuse de savoir : il n'accepte pas de prendre pour vrai les révélations de Tirésias, qui de devin devient un charlatan, un intrigant à la solde de Créon. Il s'aveugle dans ses convictions et refuse d'entendre raison. Il n'accorde aucune confiance à qui que ce soit. Tous sont dans l'ignorance, seul lui saura : il refuse de croire en les oracles, alors qu'il avait refusé de retourner à Corinthe parce qu'il craignait que l'oracle ne se réalise : il refuse de croire en la sagesse de Tirésias, il refuse de voir les choses telles qu'elles sont : il ne fait d'abord aucun rapprochement entre ce qu'il a fait et ce qui s'est passé. Au contraire, il se laisse persuader par Jocaste que les oracles et autres divinations ne sont que mensonges : " Ah ! à quoi bon désormais, femme, faire cas des prédictions du Foyer Delphique, ou des oiseaux qui criaient  dans les airs ? à les en croire, je devais tuer mon père. Le voilà mort et enfoui sous la terre. Et moi, je suis ici !  "


En fait, Œdipe est celui qui ne peut pas savoir parce qu'il vit dans l'ignorance. en effet, Œdipe suit sa logique : il a fui son père et sa mère pour ne pas être le monstre que lui a prédit l'oracle, il ne sait pas que Polybe et Mérope ne sont pas ses parents, dés lors, il ne peut pas comprendre son crime. De même, il ne savait pas que le vieillard qu'il avait tué au carrefour de Delphes et de Daulis était Laïos. Jamais on ne lui avait parlé de ce crime et lorsqu'il s'aperçoit qu'il est le meurtrier de Laïos, il n'accède qu'à une partie de sa vérité : il continue de croire que l'oracle s'est trompé et que Laïos n'a pas été par son fils mais par l'étranger qu'il était : " [...] il faut que je m'exile, et qu'en exil je m'interdise de voir les miens, de mettre les pieds dans ma patrie, sous peine d'être voué à épouser ma mère, à tuer mon père..." Œdipe , c'est celui qui ne sait qui il est : l'enquête policière se transforme en quête d'identité.


Le héros boiteux
Œdipe veut dire "Pieds enflés"
Les mythes antiques mettent en scène des héros et des dieux boiteux. Dionysos, Héphaïstos, Harpocrate boitent. Jason dans sa quête de la Toison d’or, devient boiteux en perdant sa sandale gauche après avoir aidé Héra déguisée à traverser une rivière en crue. Héra, en échange, lui accorda sa protection . Œdipe boite également, et il est fils d’un gaucher et petit-fils d’un boiteux . Héphaïstos (Vulcain pour les Latins) est décrit dans l’Iliade comme un être monstrueux, laid et bancal. Il est forgeron. Il possède la connaissance du Feu intérieur — donc de l’alchimie . Il est devenu boiteux après un corps à corps avec Zeus, son père, qui le précipita hors de l’Olympe, sur la terre. Héphaïstos devint le maître du feu, maître de la Forge. De la matière brute, le fer informe et disgracieux, et à l’aide du feu dont il possède le secret depuis son combat et sa chute, il façonne des armes admirables, des glaives, des sceptres et des boucliers pour les dieux. L’estropié, le difforme, se reconstruit lui-même quotidiennement  dans le monde souterrain où couve le feu sacré.
Héphaïstos, lorsqu’il est sous terre, symbolise le soleil d’hiver dont la plus grande partie de sa course se situe sous la ligne d’horizon. « En symbolique, boiter, c’est être faible, c’est finir ou commencer » .  Le soleil devient faible à partir du solstice d’été jusqu’au solstice d’hiver qui est la nuit la plus longue de l’année. Alors, jeune nouveau-né, le soleil commence sa course ascendante et, de plus en plus fort, il culmine au solstice d’été, dernier jour avant sa lente descente hivernale.


Œdipe sait mais ne peut pas
Les ténèbres externes génèrent une lumière interne.
Il y a une action de se reconnaître à soi-même :
Il ne peut plus regarder l'extérieur, donc il ne peut compter que sur son intérieur.

Sophocle démontre donc que la caractéristique principale de son héros est le droit de opposer une vérité sans pouvoir a un pouvoir sans vérité.

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